Laos : grâce à “l'aide” de la Norvège et de la Chine, le fleuve Xeset aura un nouveau barrage
Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de , http://chrislang.org
Fin 2006, la société conseil norvégienne Norconsult a remporté un contrat de 1,5 millions USD pour superviser la construction du barrage Xeset 2 dans le Sud du Laos. Ce contrat, financé par la Norad (Agence norvégienne d'aide au développement), n'a fait l'objet d'aucun appel d'offres.
Norconsult a beaucoup d'expérience de travail sur le fleuve Xeset, car elle a participé à la planification et à la construction du Xeset 1 (45 MW), qui a été complété en 1991, financé par la Suède, la Norvège, la Banque asiatique de développement et le PNUD. Pendant la saison sèche, le Xeset 1 ne produit presque pas d'électricité parce que le débit du fleuve Xeset est très faible.
Huit ans après la construction du Xeset 1, Norconsult a été engagée à nouveau pour faire une étude de faisabilité des barrages Xeset 2 et Xeset 3. La Norad a destiné 1,8 millions USD à la réalisation de cette étude. Les barrages Xeset 2 et Xeset 3 sont prévus en amont du Xeset 1 ; en détournant l'eau de fleuves proches pour qu'ils se déversent dans le Xeset, on augmentera le volume d'eau qui passe par les turbines du Xeset 1. Comme dans le cas du Xeset 1, la plupart de l'électricité du Xeset 2 (76 MW) sera exportée vers la Thaïlande.
L'idée de construire de nouveaux barrages pour tenter de résoudre les problèmes du premier est évidemment tentante pour une société comme Norconsult. Pourtant, augmenter le nombre des barrages équivaut à augmenter le nombre des fleuves et des pêches détruits et celui des personnes qui perdent leurs moyens de vie.
Il y a deux ans, Phetsavanh Sayaboulaven a interviewé des paysans de la zone du Xeset 2. Presque tous les habitants de la région sont autochtones, et beaucoup appartiennent aux groupes ethniques Jru (Laven) et Kouay. L'un d'eux a dit à Phetsavanh : « Nous ne voulons pas qu'ils construisent le barrage. Il va beaucoup affecter notre terre et l'environnement. La compensation officielle ne sera pas suffisante, comme dans le cas du barrage de Houay Ho. Mais nous n'osons pas nous opposer aux fonctionnaires du gouvernement ».
La Chine aussi joue un rôle important dans le barrage Xeset 2. La banque chinoise Import-Export Bank of China finance à 80 pour cent ce projet de 135 millions USD, et le reste est apporté par Électricité du Laos. L'entrepreneur principal est la China North Industries Corporation (Norinco), une entreprise mieux connue dans le domaine de la fabrication d'armes que dans celui de la construction de barrages. Les travaux du Xeset 2 sont en cours, et il est prévu que le barrage soit prêt en 2009.
Lorsque Norinco a commencé à construire le barrage, les paysans ont commencé à voler : des barres de fer, des tuiles et de grandes quantités de pétrole ont disparu du site des travaux. Quelques paysans se sont enrichis rapidement. Le vol pouvait être perçu comme une forme de résistance au barrage, ou comme une tentative des paysans de s'assurer qu'ils obtiendraient au moins quelque compensation. Les Laotiens qui travaillaient pour l'entreprise chinoise aidaient les paysans à voler du pétrole. Il ne servait à rien de renvoyer ces travailleurs, parce que ceux qu'on embauchait pour les remplacer aidaient eux aussi les voleurs. La situation est devenue violente quand des paysans ont tué un travailleur chinois qui essayait de les empêcher de voler du pétrole.
Probablement pour essayer de calmer les choses, le gouvernement du Laos a veillé à ce que les paysans reçoivent quelques indemnités. D'après des recherches récentes menées dans le pays, les paysans de la zone immédiate au site des travaux ont reçu un total d'environ 150 000 USD, en compensation des terres et des caféiers perdus.
Mais ceux que les travaux de construction n'ont pas encore affectés n'ont rien reçu. Or, plus de 12 500 paysans qui vivent le long du fleuve Tapoung en verront diminuer considérablement le débit lorsque l'eau sera détournée vers le réservoir du Xeset 2. Ces paysans ne savent pas s'ils vont recevoir une quelconque indemnité ni, dans le cas affirmatif, comment elle sera calculée.
Les paysans utilisent l'eau du Tapoung pour cultiver du riz en saison sèche. Ils plantent une grande variété de produits sur les rives et dans les terres voisines du fleuve. Beaucoup de plantes sauvages poussent le long du Tapoung, dont des plantes comestibles et médicinales. Les poissons, les crevettes, les crabes et les escargots sont une source de protéines importante pour la population. Le fleuve est aussi la source principale d'eau potable pour beaucoup de villages pendant la saison sèche. « S'ils construisent le barrage et empêchent l'eau de couler dans ce fleuve, ce sera très malheureux », a dit une femme âgée à Phetsavanh. « Le fleuve me nourrit depuis mon enfance et dans mes vieux jours. »
Quand Norconsult a décidé en 1999 que les barrages Xeset 2 et 3 étaient réalisables, ses consultants savaient que, grâce à cette décision, l'entreprise allait obtenir d'autres contrats à l'avenir. Or, la décision a été remise en question quatre années plus tard par une étude financée par la Banque asiatique de développement, suivant laquelle les barrages Xeset 2 et 3 « n'étaient pas viables ». Quand j'ai demandé comment les consultants de Norconsult avaient fait pour arriver à la conclusion opposée, l'entreprise a choisi de ne pas faire de commentaires.
La situation est paradoxale dans le Plateau Boloven : une société conseil norvégienne bénéficie de « l'aide » de la Norvège, une entreprise de construction chinoise bénéficie de « l'aide » de la Chine, et ce sont les paysans du Laos qui devront faire les frais de la destruction des fleuves et des moyens de subsistance.
Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de , http://chrislang.org
WORLD RAINFOREST MOVEMENT
BULLETIN
Issue 118 – May 2007
Laos: Norwegian and Chinese “aid” helps dam the Xeset River
Late last year, Norconsult, a Norwegian consulting firm, won a US$1.5 million contract to supervise construction work of the Xeset 2 dam in the south of Laos. Norconsult won the contract, which is funded by the Norwegian Agency for Development Cooperation (Norad), without any competitive bidding.
Norconsult has plenty of experience of working on the Xeset River, having worked on the planning and construction of the 45 MW Xeset 1 dam, which was completed in 1991, with funding from Sweden, Norway, the Asian Development Bank and UNDP. During the dry season, the Xeset 1 dam produces virtually no electricity, because of the low water flow in the Xeset River.
Eight years after Xeset 1 was completed, Norconsult was hired again to carry out a feasibility study for the Xeset 2 and Xeset 3 dams. Norad provided US$1.8 million towards the cost of the study. The Xeset 2 and Xeset 3 dams are upstream of the Xeset 1 dam and by transferring water from nearby rivers into the Xeset River, will increase the amount of water flowing through the turbines of the Xeset 1 dam. As with the Xeset 1 dam, most of the electricity from the 76 MW Xeset 2 dam is to be exported to Thailand.
Building more dams to attempt to solve problems with existing dams is obviously an attractive proposition to a dam building consulting firm such as Norconsult. But more dams means more rivers and fisheries destroyed and more local people's livelihoods destroyed.
Two years ago, Phetsavanh Sayaboulaven carried out a series of interviews with villagers in the area of the Xeset 2 dam. Almost all the people living in the area are indigenous, mainly belonging to the Jru (Laven) and Kouay ethnic groups. One villager told Phetsavanh, "We do not want them to build the dam. It will badly affect our land and the environment. The official compensation will not be adequate, just like in the case of the Houay Ho dam. But we dare not oppose government officials."
China plays a major role in the Xeset 2 dam. The Import-Export Bank of China is funding 80 per cent of the US$135 million project with the remainder coming from Electricité du Lao. The main contractor is the China North Industries Corporation (Norinco), a company better known as a major armaments manufacturer than as a builder of dams. Construction of the Xeset 2 dam is under way and completion is due in 2009.
When Norinco started building the dam, villagers started stealing. Iron bars, roofing tiles and large amounts of petrol disappeared from the construction site. Some villagers became rich very quickly. The theft could be seen as a form of resistance to the dam – or an attempt by villagers to make sure they would at least get some compensation. Lao people working for the Chinese construction firm helped villagers to steal petrol. Firing Lao workers made no difference because the people hired to replace them also helped the thieves. Things turned violent when villagers killed a Chinese worker who tried to stop them from stealing petrol.
Probably in an attempt to cool down the situation at the construction site, the Lao government made sure that villagers received some compensation. Recent research in Laos indicates that villagers in the immediate area of the construction site have received a total of about US$150,000 in compensation for lost land and lost coffee plants.
But villagers so far unaffected by the construction activities have not received anything. More than 12,500 villagers living along the Tapoung River will face seriously reduced water flows when water is diverted to the Xeset 2 reservoir. These villagers do not know whether they will receive any compensation or how it will be calculated if they do.
Villagers use water from the Tapoung River for dry season rice cultivation. They farm the riverbanks and land next to the river, growing a wide range of crops. Many wild plants grow along the Tapoung River, including edible plants and medicinal plants. Fish, shrimp, crabs and snails are an important source of protein for local people. The river also provides the main source of drinking water for many villages during the dry season. “If they build the dam and stop the water from flowing in this river, I will be very sad,” an old woman told Phetsavanh. “The river has been feeding me since childhood and into my old age.”
When Norconsult decided, in 1999, that the Xeset 2 and 3 dams were feasible, its consultants knew that their company stood to benefit through future contracts from this decision. Norconsult's decision was challenged four years later when an Asian Development Bank-funded study determined that the Xeset 2 and 3 dams were “not viable”. Norconsult declined to comment when I asked how come its consultants reached the opposite conclusion.
The perverse situation on the Boloven Plateau is that a Norwegian consulting firm is benefiting from Norwegian “aid”, a Chinese construction firm is benefiting from Chinese “aid”, and Lao villagers are left to pay the costs of destroyed rivers and livelihoods.